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<meta><de.sign> l'ARCA, n° 178 february 2003
LAB[au]
laboratory for architecture and urbanismManuel Abendroth,
Jérôme Decock,
Pieter Heremans,
Alexandre Plennevaux,
...MetaDeSign, le fondement d'une discipline
...first of a serie of essays by lab[au]
...for the italian Architecture, Design and Visual Communication magazine
...l'ARCA n°177
...[ http://www.arcadata.com ]
... abstract
...the article investigates the emergence of a new discipline ' MetaDeSIGn , in
...realtion to the technological progress, where the specificities of IC
...technology, its structures and processes more and more reveals the
...necessity of the developpment of media specific methods in the production
...of signforms _ artifacts according to our technological state.
......> english version [ ENG ]
........ MetaDeSign, the setting of a discipline
......> version française [ F ]
........ MetaDeSign le fondement d'une discipline
......> italian version [ I ]
.........La definizione di una disciplina/Meta.Design
... prochain article :
... sonic space, the shape of sounds
...
<META></DE.SIGN>
le fondement d'une disciplineLes technologies de transmission et de traitement de l'information, les NTCI, influencent l'ensemble des modèles d'organisation (modes de production, de travail et du savoir) et affectent les processus de communication (code, symbole) et les relations collectives, ainsi que leur spatialisation. L'investigation dans la gestion de l'information questionne ainsi les progrès récents de la technologie et la manière dont ils influencent la définition du design, sa méthodologie et ses propos.
Une technologie n'est pas un objet indépendant et étranger, elle fait intégralement partie de notre appareil sensitif ; comme médium, elle conditionne non seulement les modes de communication mais aussi la manière de percevoir et de comprendre notre environnement.
Les développements technologiques des dernières décennies sont à la base d'une transformation de la société industrielle en une société postindustrielle de l'information, caractérisée par des technologies de computation et de communication qui élargissent l'ensemble de notre champ sensoriel. Les notions de corps, de matière, d'espace et de temps s'expriment de plus en plus en unités d'information ; information dont les structures, processus et systèmes introduisent dans sa définition de nouveaux paramètres d'espace et de temps, tel que l'immersion - présence (réel/virtuel) et l'interaction (temps réel/entropie) ainsi que de nouveaux paramètres de matérialité (nano-technologies et alliages 'intelligents' (smart memory alloys)) ou organiques (ingéniérie génétique). La fusion du médium digital avec des méthodologies industrielles de production sophistiquée - tels que l'ingéniérie génétique ou le product design (imagineering) - réunit esthétique, matériaux vivants - y inclu, l'homme - et technologies de l'information, ouvrant ainsi un champ d'exploration scientifique et artistique énorme à la recherche de nouveaux codes culturels et sémantiques.
Induit par les avancées technologiques, de nouveaux codes (sémantique) et méthodes (pratique) sont souvent révélés par le terme même qui les désigne; ainsi, le mot 'design' par example est apparu au début du siècle dernier en relation au passage de la société pre-industrielle à la société industrielle >1. L'apparition du concept de 'design' autour du Bauhaus (particulièrement par El Lissitzky) avait pour but de qualifier des enjeux artistiques en relation aux changements technologiques et sociaux afin de réintroduire ceux-ci dans le concept même de l'art.
" la signification de chaque medium est l'expérience tirée de l'utilisation de ces extensions de nous-mêmes. La signification n'est pas un 'contenu' mais une relation active " (1971 Marshall McLuhan)
De(faire)sign(du latin signare -montrer) signifie faire quelque chose et de le distinguer par un signe, lui donnant ainsi une signification. Mais la 'signification' indique non seulement la signification que quelque chose prend pour nous, mais également notre intention à son égard, traversant la frontière entre d'une part, la sphère technique et la mise en place d'engagements, de disciplines d'autre part. Dans le cas du Bauhaus, ceci élargit la compréhension des objectifs poursuivis par la définition de nouveaux concepts et méthodes en relation aux processus socio-culturels en cours. Mais le terme de design a lui-même évolué, tout comme la technologie, vers le design industriel, le design systémique, etc Pour non-exclusifs que soient ces termes, et aussi proches que soient leurs développements et finalités, ils visent toujours à la définition de disciplines ayant leur propre méthodologie, en relation à l'état technologique de fait.
Aujourd'hui les technologies de la computation et de la communication nous fournissent sans cesse des potentiels en terme d'outils et de contrôle, ce qui entraîne l'apparition de nouvelles disciplines, méthodes et questions. Les bouleversements technologiques et sociaux actuels nourrissent l'hypothèse qu'une fusion des domaines trans/interdisciplinaires de l'information design dans une nouvelle discipline soit la prochaine étape.
Cependant, pour bien comprendre les questions inhérentes au design de l'information, il faut d'abord souligner qu'il ne s'agit pas seulement de l'usage d'ordinateurs dans le processus de design, mais surtout de concevoir les processus en relation étroite avec les spécificités des médias et cela, tant sur le plan technologique que culturel.
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Meta, le design de codes et de processus
Nelson définit l'hypertexte en ces termes : "il s'agit d'un concept unifié d'idées et de données interconnectées, et de la façon dont ces idées et ces données peuvent être éditées sur un écran d'ordinateur."
Si comme tous les systèmes de communication, les nouvelles technologies déterminent un canal de transmission (signal-médium), un message (information) et un code, leur propriété est d'opérer sur n'importe quelle information une réduction en une séquence d'informations (codées) dans un langage binaire, en 0/1 ou en bit/seconde. Les technologies digitales amènent à une réduction de toute information à une unité de base, signal binaire, condition nécessaire à tout processus d'inFORMation, computation - formalisation, stockage-enregistrement et de communication, transmission de l'information. Ce processus intègre donc activement la manipulation des données selon un code pour devenir une information, ce qui peut être exprimé de la façon suivante:[Donnée < > langage/code < > information]
La forme est maintenant subordonnée à un processus de computation; dans les flux binaires de données, l'information est un motif (combinaison structurée) identifiable et transmissible après que ces données aient été traitées à travers un code. C'est donc le médium, à travers ces logiques de processus d'inFORMation, qui unifie l'information tant au niveau structurel qu'au niveau sémantique. De plus, le processus de codage/décodage binaire de l'information est aussi un paramètre de sa transmission ( tout type d' information utilisant le même support et passant à travers les mêmes canaux). De cette manière les Ntci déterminent l'espace d'information, le réseau, comme un dispositif de transmission, tissant des interconnections temporaires, un espace composé et décomposé par des données et les flux qui les transportent. Comme la notion de flux est nécessairement subordonnée aux concepts d'espace et de temps, ils peuvent être décrit comme un système spatio-temporel dont l'état dynamique résulte des processus. Le réseau définit également l'apparition d'une information comme un état temporaire; c'est la transposition de toute " FORM " stable en " InFORMation "La complexification des codes et des signes liée à l'augmentation de la puissance computationelle des outils de traitement de l'information souligne en même temps qu'un passage historique de la notion d'hypertexte à celle d'hypermedia, une complexification des langages et de signes, de leur logique et processus ainsi que des codes qui leurs étaient spécifiques. Parler d'un hypermedia c'est donc parler de cette relation qui instaure une relation programmatique à l'intérieur d'une structure spatiale et temporelle entre les données et l'information, donc entre les différents type de formalisation textuelle, visuelle, sonore, spatiale En resumé: chaque information dépend d'une information supplémentaire pour être traitée, ce qui définit le 'meta niveau' de l'information determinant les structures, les processus et les codes selon lesquels les données séquentielles seront computées en informations lisibles, accessibles et structurées.
En philosophie et dans les sciences humaines, le terme 'meta' signifie 'ce qui va au-delà ou ce qui est plus large ou fondamental'. En Informatique, Meta est le préfixe commun qui signifie 'à propos de'. Par exemple, 'metadata' désigne les données qui décrivent d'autres données (données à propos de données). En ce sens, on pourrait décrire toute programmation informatique comme un méta-langage permettant l'interaction avec un ordinateur. De manière générale, 'meta' désigne la valeur sémantique des données, ainsi que les données relatives à sa représentation.Par conséquent la technologie délivre non seulement un contenu mais également, à travers son code , sa structure et ses processus, un sens spécifique. Ce sens spécifique est contenu dans la méta-construction et définit les langages de programmation / machine comme méta-langage - une relation entre technologie , structure , signe et contenu.
Ces considérations et spécificités des technologies de l'information montrent que le niveau du méta doit être considéré au niveau du design, c.à.d. les codes qui vont traiter l'information à la fois sous un angle technique et représentationnel. Cette spécificité des technologies digitales entraîne de nouvelles méthodologies de design ; cela révèle l'intégration du temps comme un facteur actif et ouvert dans toute forme de production digitale - devenant un processus et système en soi.
C'est la conception d'une structure spatiale et temporelle ouverte et programmable, comme par exemple l'hypertexte, qui, comme système d'indexation, permet l'interconnection multi-linéaire de toute information digitale grâce à des attributs sémantiques (hyperliens) et spatiaux (adresse IP).
Dans les technologies de l'information, l'interaction entre information et utilisateur révèle d'autant plus le design de processus ou systèmes ouverts qui intègrent les interactions des utilisateurs comme facteur 'actif' dans la structuration de l'information même - comme c'est le cas pour l'hypertexte ou d'autres systèmes multi-linéaires. Par conséquent, en ce qui concerne le médium digital, il est beaucoup plus cohérent de penser en terme de processus plutôt qu'en terme de produit fini. Ainsi les technologies de l'information, à travers de nouvelles formes d'organisation, de stockage et de traitement des données, sont l'expression de nouvelles formes de sens comme pensée processuelle et réticulaire.
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De l'architecture au MetaDeSign
Une bibliothèque publique est le lieu d'accès à l'information - elle représente la connaissance, une valeur humaniste. Dans les réseaux nous représentons la connaissance à accéder - cela représente la connaissance partagée - une valeur informationnelle.
L'architecture et l'urbanisme constituent avant tout une discipline structurelle et fonctionnelle d'organisation spatiale et temporelle de relations sociales, économiques, politiques à travers lesquelles elles constituent également un système sémantique, parlant de signes, de langage et de code. Tous ces points définissent l'architecture comme une discipline organisationnelle, qui traite, analyse des données et structure la matière et l'information, tout en leur donnant une signification propre. Comme discipline elles sont basées sur des méthodes d'abstraction et de formalisation de systèmes spatio-temporels qui relient les niveaux de signification 'concrets' , dénotés, avec les niveaux 'abstraits', connotés. Par exemple, le processus de conception et réalisation d'une forme (un bâtiment) en relation à ses fonctions ou à l'organisation de flux infrastructurels, la signalétique et les structures urbaines, donne déjà un aperçu de la complexité entre structures, systèmes - signes et langage.
Les flux d'information constituent une organisation spatio-temporelle de données, mais les processus d'inFORMation, computation, communication et stockage incorporent aussi des systèmes sémantiques, des langages de programmation qui leur apportent fonctionnalité et forme. Il existe donc toute une série de relations que l'on peut tisser entre les méthodes d'architecture et le design de l'information, que ce soit au niveau de la structuration ou de la visualisation d'information - comme c'est le cas dans le développement de cartographies, diagrammes et cartes, interfaces graphiques utilisateurs (GUI) et interfaces matérielles comme dans le développement de constructions spatiales mêmes, tels les réseaux et l'espace électronique.La comparaison entre des modes de communication, ses structures (indexation et hyperliens) et processus (computation + communication + stockage) avec des modèles spatiaux (architecture et urbanisme) est donc fondée sur ses principes organisationnels liant de hauts niveaux d'abstraction à l'intérieur de modalités de perception et de cognition dans la construction du sens - le niveau sémantique.
Le ' MetaDeSign ' désigne donc le thème de nouvelles constructions spatiales en relation à des structures et des flux sociaux, culturels, spatiaux, également opératoires au niveau du langage. De la sorte, le MetaDesign peut être défini comme une pratique se fondant sur une compréhension des logiques inhérentes aux technologies de l'information et de la communication dans et visant à la formalisation et à la transcription de processus d'inFORMations sous formes textuelles, graphiques, spatiales ou multi-dimensionnelles.
Il s'agit donc d'une définition du MetaDeSign en tant que discipline basée sur des codes / langages réunissant des concepts tirés de la communication, des sciences du traitement de l'information (sciences cognitives), des methodologies de production et de conception (design) et des concepts d'espace (architecture).
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MetaDeSign - quand les concepts deviennent méthodes et processus
"aesthetics begins as patterns of recognition."
Friedrich Kittler in Literature, media, information systems 1997 page 130
Les technologies forment de nouvelles structures sémantiques dans la compréhension commune de l'information, de ses processus et systèmes - 'patterns' (schèmes). Ainsi, le MetaDesign identifie et travaille à de nouveaux 'sens' comme composants de langage, tout en augmentant les capacités cognitives qui influencent notre état psychique (conscience), notre comportement émotionnel et social, et participe ainsi autant à un projet individuel que collectif. Par conséquent, en ce qui concerne les nouveaux médias, il est important de comprendre la relation établie entre perception (l'usage des sens), la reconnaissance, la compréhension et la représentation (l'extraction du sens/ signification), et l'action qui en résulte (production de sens/signification). Cette relation se qualifie comme une relation du sens (esthesis) au sens (semiosis) - tournée vers l'exploration de nos facultés perceptuelles et cognitives - entre le perceptuel et le conceptuel, l'analogue et le digital.
Dans la détermination d'une discipline, le MetaDesign vise à la mise en place de signes et codes basés sur des schèmes de reconnaissance (en anglais, 'patterns of recognition') afin de définir une approche intersubjective dans le domaine du travail et de la pratique artistiques, une approche qui soit capable de quantifier et systématiser ses méthodes, et de prouver la transférabilité de sa théorie. Il s'agit d'une conception de l'esthétique comme caractéristique structurante de la connaissance et de la culture afin de former 'connectivité' et 'efficacité', un meta-langage.
© LAB[au] 2003