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LAB[au] laboratory for architecture and urbanisme

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Le langage performatif de l'écran : Les G.U.I. , Graphical User Interface

Le chapitre précédent a exploré la structuration de l'information et sa relation au concept d'espace à travers la cartographie des réseaux et des données qui y transitent ou y résident. Le thème des graphic user interfaces (GUI) questionne en revanche les actions et interactions possibles à l'intérieur de cette structure de l'information. A ce titre, l'interrogation portera également sur les différents champs théoriques de transposition de l'information sous forme visuelle et graphique. Mettre les GUI en perspective équivaut donc à examiner une architecture de l'information ainsi que les formes de sa compréhension en référence à l'espace d'information que cette même architecture façonne.

" mon intention a été de souligner les changements se produisant dans les systèmes, de systèmes fondés sur l'objet à des systèmes fondés sur le code, et d'identifier les effets saturants que les nouveaux langages globaux ont sur notre perception du territoire et du monde sociale. En fait tout le principe repose sur l'idée de faire fusionner le concept d'espace réel (la terre comme objet et plus précisément l'architecture comme objet) avec les codes bidimensionnels des technologies digitales et des systèmes graphiques de signes…"

Neil Denari, in "Interrupted projections, another global surface", p.47


Tout système graphique de codes peut être rapproché du système de l'objet (l'architecture) dont il vise à rendre (voire à construire) la nature, les spécificités, le fonctionnement. Ce faisant, les deux systèmes s'affirment d'abord et avant tout en tant que dispositifs fonctionnels et sémantiques. De plus, sous l'influence grandissante des nouvelles technologies digitales de communication, leurs codes propres évoluent vers un langage de plus en plus global.
Si l'on admet que l'architecture en tant qu'objet est un système organisé de signes qui intègre des paramètres fonctionnels et sémantiques de manière structurée, sa définition en tant que discipline la prédestine à jouer un rôle actif dans la production et l'examen de l'information. A l'exemple des styles esthétiques qui ont chacun développé leur propre cadre de référence, l'architecture exprime la fonction et la signification de l'espace à travers des codes établis. Ceux-ci servent à traduire des aspects culturels, fonctionnels ou sociaux, ainsi que la conception de l'organisation spatiale. Aussi, le lien qui unit fonction et signification dans l'architecture et dans l'objet apparaît intégralement transposable à l'espace digital dans la structuration de l'information et dans sa codification.

Comme dans l'architecture où le système de signes détermine un rapport entre une personne et un espace, le système de signes du médium électronique détermine la structuration de l'espace et des fonctions de l'information par rapport à un utilisateur.
Mais la spécificité de l'information digitale et notamment son instabilité, la réduction de tout système complexe sous forme de code binaire et la prédominance de l'écran comme vecteur de présentation et de représentation ont généré un vocabulaire graphique exploitant des codes dont la convention n'est pas exclusivement empruntée au monde des objets.

Dans le médium électronique où l'interaction entre utilisateur et données nécessite souvent le recours à un écran, la programmation d'outils de traitement de l'information passe par la conception d'interfaces software qui utilisent à la fois des modèles de structuration des contenus et des codes de représentation graphique. Ces interfaces, les G.U.I, dont la naissance a été accompagnée d'un vocabulaire basé sur l'icône ainsi que sur la métaphore du bureau développent des langages graphiques destinés à exprimer l'information. Ces langages dont les constituants graphiques ont pour référent un objet, un schéma, une action ou leurs différentes combinaisons (la corbeille comme objet mais également comme fonction 'supprimer') influencent la compréhension et la signification de l'information. En effet, dans un processus de communication, les interfaces conditionnent les modes d'échange et d'accès à l'information non seulement par l'utilisation de codes particuliers mais aussi par leur fonctionnement ou la manière dont elles traduisent et affichent l'information.

Comme dans la publicité où l'utilisation de codes expressifs fait appel à la participation, les G.U.I intègrent dans leur conception la notion d'interactivité. Mais alors que la publicité sollicite plus ou moins subrepticement des instincts compulsifs pour vendre, les G.U.I doivent déployer un vocabulaire spécifique pour arriver à rendre perceptible un monde où l'information n'est composée que de chiffres binaires et où les actions que l'on peut y réaliser impliquent l'activation de programmes basés sur des algorithmes logiques et des processus mathématiques. Comme interface entre un utilisateur et l'information, les G.U.I. génèrent des relations fondées sur le principe qu'à une action correspond une réaction. Le lien qui unit ces actions-réactions à leur représentation graphiques met en évidence l'existence d'un langage qui leur est propre.

A l'instar de tout système de communication, les Information & Communication Technologies déterminent un canal de transmission (signal-médium), un message (information) et un code ou un langage.
En associant un concept et une action à une représentation graphique, elles établissent les bases d'un système de signes original, à savoir un langage performatif qui établit un lien entre d'une part l'expression de nouveaux concepts et de perceptions et d'autre part des actions propres à un environnement virtuel. Dans le cas du médium électronique, ce langage performatif constitue simultanément l'action et son expression visuelle, il exprime simultanément le conceptuel et l'interactif. Grâce à ce rapport mutuel entre l'action et la réaction, l'utilisateur est prolongé dans un espace digital dont la performativité dépend de la cohérence qui existe entre la structure de l'information et la codification de son architecture. En suivant cette logique, la sélection des différents sites propose de découvrir des architectures de l'information qui suggèrent des systèmes performatifs à travers leurs propres représentations graphiques.


© LAB[au] 2000