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MEDIA COGNITION - MEMORY EXPANDER
LAB[au] laboratory for architecture and urbanisme
Manuel Abendroth
Jéröme Decock
Alexandre Plennevaux
Grégoire Verhaegen
media cognition :
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D'un point de vue purement technologique, l'hypertexte reste essentiellement connu à travers son protocole de transfert, le 'HTTP', et son système de codage et de formalisation d'informations, le 'HTML'. Si ces deux dispositifs assument des fonctions différentes et complémentaires, ils traduisent surtout le fondement de la logique de l'hypertexte. En effet, et à la différence du 'texte', l'hypertexte propose l'interconnexion, à l'aide d'hyperliens, de documents de toute nature, texte, image, son, Ces hyperliens, grâce aux adresses relatives, URL , permettent la mise en relation d'informations, qu'elles soient localisées dans un même document, dans un même espace serveur ou sur le réseau mondial.
L'hypertexte est au même titre que le texte, une modalité de communication, de transmission et d'archivage d'informations. Mais à la différence du texte, l'hypertexte, par le médium sur lequel il est véhiculé, définit son propre 'langage', composé de paramètres de transmission de données, de leur structure d'interconnexion et des instructions nécessaires à la formalisation des ces données sur un écran. C'est précisément parce qu'il rassemble dans un seul système cohérent des processus de computation et de communication que l'hypertexte constitue actuellement un des systèmes emblématiques de structuration d'information. A l'heure où se constitue la société de l'information et avec elle tout le débat sur l'évaluation, la qualification et la quantification d'information, il semble opportun de se replonger dans les origines de l'hypertexte, entre autre parce que ces discussions rejoignent non seulement les questions d'accès et de diffusion de l'information mais aussi de savoir et de mémoire.Le propos de cet article est de mettre en relation, à travers un regard historique, un des enjeux de l'hypertexte, celui de l'indexation et de la qualification de l'information, avec les méthodes actuelles d'évaluation et d'exploitation des structures d'information, le 'profiling' et le 'tracking'. Il s'agit donc d'une lecture très libre à travers des recherches en sciences de l'information permettant autant une meilleure compréhension des techniques actuelles que leur mise en rapport au développement même de l'ordinateur.
"As we may think"
Vannevar Bush, 1945En 1945 Vannevar Bush publie dans le journal 'The Atlantic Monthly' un article resté célèbre, intitulé 'as we may think', dont le propos était d'analyser le fonctionnement du cerveau, en particulier de la mémoire et de la pensée, et plus précisément la manière dont les informations sont structurées à l'intérieur de celui-ci. La publication de cet article coïncidait avec les recherches que Vannevar Bush menait en même temps sur un nouveau système d'archivage de données, le 'memex , système qui fût probablement autant à l'origine du 'personal computer' que de l'hypertexte .
Le 'memex' se présentait comme un dispositif bureautique, un 'personal desktop' permettant à chaque utilisateur, à travers une table lumineuse de projection et une technologie 'microfilm', de constituer des archives personnelles et quotidiennes, en quelque sorte une 'mémoire'. Mais l'originalité du 'Memex' ne se situait pas dans un système de stockage d'information mais surtout dans une nouvelle modalité de lecture et d'accès aux documents. Grâce à la technique de microfilm le 'Memex' permettait la consultation instantanée et simultanée de plusieurs documents stockés, induisant de cette manière une lecture transversale entre les documents classés. C'est sur cette relation, ce lien, entre différents documents que Vannevar Bush focalisa le développement du 'Memex'. A cette fin le système d'indexation et de qualification de l'information du 'Memex' reposait sur un dispositif supplémentaire qui permettait de faire des commentaires, de lier des documents et de sauvegarder, de 'flasher' ces annotations, sous forme d'un nouveau microfilm, de nouvelles informations générées par la lecture d'un utilisateur. Le 'Memex' mettait en place un système d'archivage basé sur des associations (hyperliens), un processus d'une grande flexibilité parce qu'il proposait à l'utilisateur de qualifier/structurer lui-même l'information, et qu'il était directement inspiré du fonctionnement de notre mémoire.
Dans notre mémoire, l'information est stockée sous forme d'unités de sens qui ne sont jamais totalement indépendantes d'un contexte et d'une série d'associations que nous leur appliquons de manière consciente ou inconsciente. Ce processus qui catégorise et lie par 'association' des idées les unes aux autres est devenu dans le 'Memex' une méthode d'indexation, non plus relative au contenu lui-même mais plutôt au 'comment' et au 'pourquoi' non retenons ce contenu. Ces 'hyperliens' constituent donc une information complémentaire, basée sur la logique qui soutend les associations de l'utilisateur et qui représente la structuration d'une pensée qui lui est propre. Au contraire des systèmes d'archivage et d'indexation précédents qui se sont tous voulus plus ou moins universels, le 'Memex' fut conçu comme un objet personnel dont le fonctionnement se basait sur les processus cognitifs qui constituent le fonctionnement "de base" du cerveau. A l'origine des sciences de l'information, le 'Memex' de Vannevar Bush fut une des premières études menées sur un objet technologique dont le but était d'accroître nos capacités mentales et cognitives. Dans ce cadre, la conjonction de deux logiques, celle de l'accès instantané et simultané à l'information et celle du système dynamique d'archivage et de classement par hyperlien, restera un des principes essentiels qui influencera les développements ultérieurs de l'ordinateur et de l'hypertexte.
En revanche, et contrairement au 'Memex', l'hypertexte n'est pas un système personnel mais un système interpersonnel de communication à travers le réseau. Elevé au statut de langage, un protocole de transfert généralisé, l'hypertexte se comprend comme un système de communication introduisant l'utilisateur comme partie productive et corrélative du système d'interconnections. La construction d'un hypertexte implique donc la mise en place consciente du contenu et des liens par un " auteur " avec l'intention d'être perçu par d'autres personnes. Si cette association d'informations produit un sens, c'est essentiellement parce qu'elle établit un rapport mutuel entre une source d'information (structure et contenu) et l'association (interprétation/représentation) ou la reconnaissance (cognition) du sens qu'elle porte. Ils s'agit de processus d'extraction du savoir qui font intégralement appel à la participation active de l'utilisateur et à son implication dans l'élaboration d'une communication. Par conséquent, la mise en place de liens dans un hypertexte permet non seulement aux auteurs mais également aux lecteurs de créer des associations, entre différentes unités d'information ou entre différentes idées relatives, qui ont un sens pour eux. L'hypertexte n'est donc pas un simple système d'archivage, même si cet archivage incorpore en soi la représentation de schémas de pensée; il est un système comportemental impliquant l'utilisateur totalement dans cette expérience (perception) qui à travers l'interactivité fait appel à ses capacités cognitives et à son interprétation (association / choix).Par conséquent dans le domaine des nouveaux média, il importe de comprendre la relation qui s'établit entre d'une part la perception (l'utilisation des sens), la reconnaissance ou la compréhension et la représentation (l'extraction du sens), et d'autre part l'action qui en résulte (la production du sens).
La consultation de l'information produit de l'information. Le parcours d'un hypertexte fait partie de ces informations produites. Si en soi, à l'exemple du memex, la logique d'archivage que permettent de générer de telles informations peut aisément se comprendre, la logique d'association ne peut pas se limiter à cette simple application. En effet, parce qu'il incorpore des facteurs cognitifs et interprétatifs, le parcours d'un hypertexte ne produit pas que de l'information, il produit un sens dont l'extraction dépend de la technique de computation utilisée ou du but recherché. Ainsi, parmi les techniques qui suivent et enregistrent les parcours des utilisateurs sur Internet figure le tracking et le profiling.
Le tracking opère comme un dispositif qui collecte des informations sur des utilisateurs d'une manière " statique ", de la configuration matérielle de leurs ordinateurs jusqu'aux informations personnelles, ou d'une manière " dynamique " en suivant à la trace leurs évolutions dans le réseau. Le but du tracking est essentiellement d'établir des groupes cibles, d'analyser statistiquement les informations collectées pour en déduire des classes sociales, des groupes d'intérêt et aussi le comportement des utilisateurs, c'est le 'mapping' des utilisateurs à l'échelle du groupe. Cette analyse est souvent utilisée pour améliorer la conception et l'ergonomie d'un site ainsi que pour établir un plan marketing à des fins de publicité ciblée. Ce procédé s'effectue typiquement sans que l'utilisateur en ait conscience.
Les techniques mises en uvre dans le profiling sont similaires mais les buts et surtout l'utilisation faite des informations changent. Plus que le tracking, le profiling est une analyse du parcours de l'utilisateur dans un hypertexte ou dans un réseau. Ce parcours à travers l'information structurée produit un sens spécifique. L'importance et la validité du profiling dépendent donc de l'indexation des contenus, de la mise en place de liens ou de systèmes graphiques dont l'impact cognitif et l'interprétation sont connus ou reconnus. Le profiling peut certes s'établir sur les mêmes bases statistiques que le tracking mais aussi par une analyse sémantique des interactions par rapport à l'indexation (sémantique et cognitive) des contenus. Le profiling consiste donc à extraire le sens produit par les interactions de l'utilisateur dans le but de comprendre ses comportements. Il s'agit du 'mapping' des utilisateurs à l'échelle individuelle, de la construction d'un profil sociologique jusqu'à un profil psychologique, et du reformatage de l'information en fonction de ce profil. En effet le profiling inclut des éléments proactifs comme l'affichage " personnalisé " de certaines informations prioritaires par rapport à l'intérêt d'un utilisateur plutôt que d'autres informations généralistes.
Le profiling contient donc des méthodes qui, en qualifiant l'utilisateur par ses interactions, pourraient aboutir à la constitution d'une véritable identité " virtuelle ". Mais de telles démarches ne peuvent réussir que si le processus de profiling se passe en toute transparence et que l'édition des informations contenues dans le profil est permise. En gagnant en accessibilité ou en tirant profit d'agents intelligents mis à sa disposition, l'utilisateur pourra valider son profil par une utilisation et un intérêt commun avec les producteurs de contenu.
Ces processus de qualification et quantification de l'information implique dès lors, par la logique d'interfaçage homme/machine, la naissance et le développement conjoint des sciences cognitives et des sciences informatiques, surtout si l'on considère que le but d'un système comme le 'Memex' fut de sauvegarder un schéma de pensée, une structuration temporaire de l'information, comme le fait notre mémoire.
pour une visualisation interactive du memex
http://www.dynamicdiagrams.com/design/memex/memex.htm
© LAB[au] 2000